Ahold Delhaize a tenté d’acquérir Carrefour fin 2024. Pressions concurrentielles, tensions internes et réticences politiques ont fait échouer ce rapprochement stratégique majeur.
Un nouveau chapitre s’ajoute à la saga des tentatives de fusion dans le secteur de la grande distribution. Le géant néerlandais Ahold Delhaize, pesant près de 89 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a tenté de racheter le groupe français Carrefour fin 2024, mais a finalement renoncé dès janvier 2025, selon une enquête du média spécialisé La Lettre.
Ce projet de rapprochement, mené en toute discrétion sans l’intervention de banques d’affaires, a impliqué directement les équipes dirigeantes des deux entreprises : Frans Muller, PDG d’Ahold Delhaize, face à Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, assisté de Matthieu Malige, directeur financier, et Laurent Vallée, secrétaire général.
Ahold Delhaize – Carrefour : Les raisons d’un échec annoncé
Si le mariage semblait prometteur, notamment grâce à la complémentarité géographique des deux groupes, plusieurs obstacles majeurs ont rapidement émergé. Parmi ceux-ci, des enjeux concurrentiels délicats en Belgique et en Roumanie, pays où la fusion aurait créé des positions dominantes susceptibles d’alerter les autorités antitrust. S’ajoutent à cela les réticences de la sphère politique française et les difficultés internes à Carrefour, en particulier une fronde menée par une partie de son réseau de franchisés devant les tribunaux, soutenue par le ministère français de l’Économie.
L’intérêt d’Ahold Delhaize résidait principalement dans la possibilité de pénétrer le marché français, tout en réalisant des économies d’échelle significatives sur les achats, notamment pour les produits à marque propre. Le géant néerlandais envisageait également de renforcer ses positions outre-Atlantique grâce aux actifs détenus par Carrefour au Brésil.
Cette tentative avortée confirme une fois de plus que Carrefour demeure une cible attractive mais difficile à conquérir. Après les échecs des rapprochements avec Casino en 2018, puis avec Auchan et Couche-Tard en 2021, Alexandre Bompard voit une nouvelle opportunité stratégique lui échapper.
Côté marché, la nouvelle n’a pas manqué d’avoir un impact immédiat. À la Bourse de Paris, l’action Carrefour perdait 1,1 % en milieu de séance ce vendredi, tandis qu’Ahold Delhaize enregistrait une baisse similaire de 1 % à Amsterdam.
Le Monopoly du retail européen continue
Au-delà des enjeux immédiats, ce nouvel épisode souligne que le secteur européen de la distribution reste en pleine recomposition stratégique. Carrefour continue d’attirer des prétendants ambitieux, tandis que son PDG, Alexandre Bompard, reste manifestement en quête d’une alliance structurante pour consolider durablement le groupe.
Dans ce jeu stratégique, les investisseurs comme Daniel Krestinsky, premier actionnaire de Casino potentiellement ouvert à des alliances pour des raisons financières, pourraient bientôt redessiner la carte de la grande distribution européenne. Le Monopoly du retail est loin d’être terminé, et les prochains mouvements pourraient encore réserver des surprises.
Ahold Delhaize en bref
Ahold Delhaize est un groupe néerlandais de distribution né de la fusion en 2016 entre Ahold (Pays-Bas) et Delhaize (Belgique). Présent dans plus de 10 pays, principalement en Europe et aux États-Unis, le groupe exploite des enseignes majeures comme Albert Heijn, Delhaize, Stop & Shop ou encore Food Lion. Avec un chiffre d’affaires annuel proche de 89 milliards d’euros, Ahold Delhaize se distingue par sa stratégie omnicanale, sa puissance logistique et sa forte orientation vers les produits à marque propre.

